Misogynie et sexisme : anecdotes de la vie de tous les jours

Le féminisme fait peur, le féminisme dérange. On confond volontiers féminisme avec un groupe d’hystériques chiantes qui la ramènent sur tout et surtout pour rien. Il y a quelques années, je ressentais un léger agacement quand on me parlait de féminisme. Comme si les choses avaient vraiment beaucoup progressé et que les féministes chipotaient sur des broutilles. Pourtant, la misogynie, le sexisme sont partout. Irrespect,  violence verbale ou physique. Les femmes le vive régulièrement dans les transports, au travail ou en couple et c’est loin d’être des broutilles.

Le féminisme ne s’est pas construit dans la haine des hommes mais pour la défense des femmes. Laure Adler

misogynie

On a besoin, terriblement besoin du féminisme et les médias peuvent toujours s’amuser à le caricaturer, à inviter des personnalités caricaturales qui font du mal à la cause, le féminisme est un besoin. Parce qu’il n’a jamais tué personne, tandis que le machisme lui, tue et agresse des femmes tous les jours. La misogynie de son côté s’invite encore un peu trop souvent dans nos vies. À suivre quelques anecdotes ordinaires…

Misogynie dans le bush en Australie

Travail en HelpX dans un camping…

C’est le paradis, il fait beau, les cacatoès à huppe jaune papotent dans les arbres, la dame python diamant, mascotte du camping, se balade ici et là, quand elle ne dort pas sous le toit des sanitaires (ce qui est parfaitement normal) et tout le monde sait qu’elle ne mangera pas les petits-enfants, ..

Le matin, nous les helpxeurs, nous travaillons dans le camping et l’après-midi, nous allons surfer. Les tâches nous sont distribuées par le couple de réceptionnistes. Parfait ! À mon arrivée, je trouve M. le réceptionniste, un native English, un brin méprisant, un brin cynique façon “Je suis le patron et vous êtes les minables employés” quand il distribue les tâches. Misogyne aussi (mais ça c’est partout en Australie, les filles font font le ménage, les garçons vident les poubelles).  Bon…j’apprécie la copine du réceptionniste et on a peu à faire à lui.

Les jours passent, tranquilles, cools ou ennuyeux parfois. Le soir, l’équipe mange, au complet, dans la cuisine d’été, à disposition de tout le camping. Je n’ai pas de complicité particulière avec le réceptionniste. Pourtant, à deux reprises, en l’espace d’une semaine, il se passe deux trucs bizarres. Une première fois en me parlant, il arrive derrière moi et me met les mains sur les épaules. Humm. Ça me met vaguement mal à l’aise mais je ne relève pas. Je croyais que les anglais n’étaient pas réputés pour être tactiles…

Deuxième fois

Ça arrive une deuxième fois, alors que nous sommes en groupe. Ça me surprend de nouveau. Je regarde discrètement sa copine qui…nous regarde, en tirant la tronche, me semble-t-il. Je parle de la situation à une pote. “Oh, il est tactile, c’est tout”, me dit-elle. Mouais. Pourquoi pas mais je n’ai pas l’habitude que des gens que je connais à peine aient ce genre de gestes avec moi. À table, le soir, il vient s’asseoir à plusieurs reprises près de moi. Pur hasard, peut-être.

Je n’y pense plus trop mais lorsqu’on est réunis, en groupe, je m’arrange pour me tenir loin de lui, en me disant que ça réglera le problème si problème il y a réellement.

Troisième fois

Deuxième semaine. Je n’y pense plus. On fait un barbecue avec l’équipe. Je ne sais plus pourquoi ni comment mais tout d’un coup, môssieu est près de moi et pose sa main sur ma hanche ! Devant sa copine. C’est moi qui me fait des idées ou elle tire une gueule pas possible ??? D’une part, ce geste me surprend totalement, encore une fois et en plus il me met super mal à l’aise. La tête de 3 pieds de long que fait sa copine (que je trouve très cool) me met mal à l’aise aussi. Je fais semblant de rien et je m’éloigne. J’en reparle à la pote avec laquelle je partage une caravane. En lui disant que je trouve ça gênant et désagréable. Elle trouve cela un peu bizarre elle aussi.

La deuxième semaine s’écoule. Je me dis que de toute façon, je m’en fous, s’il recommence je lui ferais une réflexion vexante devant tout le monde et qui plus est, je me casse à la fin de la semaine. Donc il ne pourra pas remettre ça.

Quatrième fois

Jeudi soir, la nuit tombe, on fait un barbecue avec l’équipe. On rit, on boit, on est détendus. Tout d’un coup deux mains se posent sur mes épaules et commencent un massage plutôt sensuel. Je suis un peu éméchée, je pense que c’est ma pote, donc pour déconner je lance “yeahh Momo, goooo on!” et là, dans la demi-seconde qui suit, je comprends que ce n’est pas ma pote Momo mais lui. 

Putain !!! Mais à quoi joue-t-il ? On serait devenus super potes, à boire et jouer aux cartes, à la pétanque etc. ensemble, je ne dis pas mais là. On a même pas une once de complicité. Donc ses gestes sont déplacés, trop bizarres. Je regarde en direction de sa copine qui nous regarde, pas contente. J’aimerais lui dire “Euh, c’est quoi le souci de ton mec ? Pourquoi tu restes avec ça ?”.

Comme tout cela se produit encore par surprise, je ne sais pas trop comment réagir. Dois-je me dégager brusquement et lui dire de virer ses sales pattes de mes épaules ? Ou au contraire, simuler la détente de façon caricaturale pour le mettre mal à l’aise ? Je me barre dans deux jours, je m’en fous, donc j’en ai  fait exprès :

j’en rajoute “yeahhhh, oh yeahhh, go onnnn, huuuum, yeahhh !!”. Sa copine a l’air furibarde. Il arrête. Je crois que j’ai réussi à le mettre mal à l’aise. Durant les deux jours qui suivent, je ne le vois quasiment pas ce qui facilite grandement les choses. Je me barre du camping. Trop bizarre cet english ! Sûrement pas à son premier coup d’essai.

Misogynie administrative pour l’Épouse Tartempion

C’est l’histoire d’une dame.

La mairie, au moment des législatives lui envoie un courrier où figure son nom de jeune fille, attaché à celui de son époux avec un trait d’union, suivi d’un Épouse Tartempion. Elle trouve la mention Épouse Tartempion dépassée, misogyne. Moi aussi je trouve ça dépassé.

Alors elle va se plaindre à la mairie et demande une rectification pour les futurs courriers à venir, à savoir la suppression du Épouse Tartempion. On lui demande alors de faire une demande écrite pour voir disparaître ladite mention. Elle s’énerve, elle incendie l’employé(-e ?) de mairie.

Bon d’accord, il faut bien qu’il y ait une réclamation enregistrée quelque part. Puisque sa demande est peu courante. Puisque les choses évoluent très lentement.

Mais la question est surtout pourquoi autant de femmes acceptent-elles encore de n’être que l’ombre de leur mari, administrativement parlant ? Pourquoi prennent-elles le nom du mari comme nom principal ?

J’ai eu des collègues d’une cinquantaine d’années qui ont vivement regretté d’avoir relégué leur nom original aux oubliettes. En effet, quand elles ont divorcé des dizaines d’années plus tard, l’administration, elle, ne suivait pas. Que ce soit au travail ou à leur banque. Certains fichiers informatiques étaient mis à jour, d’autres pas. Ce qui leur a occasionné des tas de problèmes. Vous imaginez, vous, voir le nom de votre ex constamment associé à votre petite personne ?

Misogynie au travail, dans une PME

C’était mon premier emploi après mes études. Je travaillais au milieu d’une majorité d’hommes. J’avais un chef qui appelait sa femme, la spécialiste de l’intendance. Il n’était pas très vieux, il était ennuyeux et il ne me déléguait rien qui soit trop intéressant.

Les collègues masculins en majorité faisaient des blagues graveleuses, pourraves. J’avais envie de les frapper. Je n’osais pas porter de jupe car je voyais bien comment la tenue des filles de l’accueil était régulièrement commentée. Elles supportaient cela depuis des dizaines d’années. Pire encore, de temps à autre, ils leur rappelaient qu’elles étaient vieilles. Des machos et des gros beaufs quoi.

Un jour, j’ai fini par mettre une jupe. Ça n’a pas loupé… À 9h, l’infographiste, un affreux poilu du visage, m’a dit : « Bonnasse ! ». Je lui ai répondu, du tac au tac : « Grognasse ». Au bout de six mois, j’ai refusé le deuxième CDD qu’on me proposait car merci bien l’atmosphère lourde et pesante ! Ça les emmerdait ! Bien fait ! Retrouver un.e employé.e à mon poste, la/le former. Bye bye les merdeux ! Je suis partie travailler à Dublin et non seulement, j’étais beaucoup mieux payée pour un job alimentaire intéressant mais en plus personne ne traitait les filles comme de la merde !

Misogynie à l’école primaire

C’est l’histoire d’une institutrice. Une institutrice qui trouvait ça normal qu’un petit garçon ait mis la main aux fesses d’une petite fille parce que cette dernière portait une robe. Elle disait à ses collègues qu’elle aguichait. Heureusement, elle se fit vite contredire par certain.e.s collègues. Parce que ko même, une petite fille qui aguiche, c’est un peu fort de café, non ? Cela aboutit à une longue discussion entre les deux institutrices jusqu’à celle qui voyait la gamine comme une aguicheuse concède que si ça avait été sa fille, elle n’aimerait pas qu’on dise d’elle qu’elle aguichait…parce qu’elle portait une robe. Wouah ! Enfin ! La haine du féminin se combat tous les jours, partout, à tous les niveaux !

Esprit de Service Public 1-Haine du féminin 0

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