Travail : Gertrude Prout et l’enfer au travail

Je n’ai pas écrit sur le thème du travail depuis 5 mois, et pour cause, mon travail alimentaire a pris trop de place. Il a été trop épuisant pour que je trouve le temps d’écrire…sur le thème du travail. Un thème souvent négatif pour moi, hélas. J’ai bon espoir que ça change !

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Pour résumer, je travaillais dans un bureau à l’ambiance sympathique. Cela a changé du tout au tout, il y a 6 mois, avec le retour d’une histrionique.

Elle parlait de sa vie sexuelle toute la journée, pour le plus grand plaisir de nos collègues masculins. Elle dénigrait constamment toutes les personnes extérieures à notre bureau, avec lesquelles elle travaillait. Pour couronner le tout, cette femme, qui a mon âge, me prenait de haut et m’a même pris en grippe tout court, dès le début. Elle avait d’ailleurs annoncé la couleur en stipulant dès son arrivée qu’elle n’aimait pas les autres femmes. La messe était dite. Je me retrouvais soudain plongée dans une ambiance que je ne connaissais pas dans ce bureau auparavant : remarques ironiques, piques, vexations faciles des uns ou des autres, encouragement de l’histrionique à continuer dans ses histoires sur sa vie sexuelle. Moi, j’étais devenue l’intruse…

J’ai ragé intérieurement pendant des mois de devoir la supporter. De composer avec ses bavardages incessants qui m’empêchaient de me concentrer sur mon travail. Je me permis une fois de lui demander, gentiment, si elle pouvait parler un peu moins fort. La réponse me fit l’effet d’une boule de feu qu’on m’aurait lancé au visage. Elle m’a incendiée. Je lui ai tenu tête. A partir de là, ce fut la guerre froide et j’étais du mauvais côté. Et très seule. Du mauvais côté de la tranchée, au bureau. Seule sur mon projet, dans ce bureau. Seule prestataire de la SSII qui m’employait, chez le client, là où d’autres SSII employaient pas loin de 15 prestataires chez un même client.

Mais revenons à nos moutons.

Histrionique, c’est quoi ?

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Définition de Wikipédia, qui colle parfaitement à la personne que j’ai dû supporter pendant plusieurs mois :

L’histrionique est en quête d’attention de la part d’autrui, essaie de se mettre en valeur, de séduire, ou simplement d’attirer le regard ou la compassion. La séduction devient un besoin pour la personne qui vit avec ce trouble affectif. Le besoin de plaire devient excessif. L’histrionique utilise le charme et des comportements de séduction inadaptés comme moyen d’échange, de communication, voire d’interaction. Ce mode de séduction incessante devient un outil de manipulation afin de s’assurer que ses besoins soient comblés en priorité, au détriment de ceux d’autrui, comme un dû. À défaut d’attirer l’attention par la séduction, il se posera en victime, s’épanchera dans le dénigrement d’autrui, aura des excès de colère intense et versera dans la dramatisation émotionnelle.

Et les autres au travail, qu’en disaient-ils ?

Ma seule autre collègue féminine du bureau, Y., se bornait à me décrire cette ambiance, dans laquelle elle baignait depuis de nombreuses années, comme normale. Me sachant sensible, je demandais l’opinion de mes proches. Ils étaient choqués par la situation. Cela me permit plus d’une fois de garder du recul et confiance en mon jugement.

Y. se plaignait tout de même, parfois, de la différence de traitement que nos collègues masculins nous réservaient à moi et elle. C’est-à-dire qu’ils ne nous écoutaient pas, ou mettaient en doute ce que l’on disait ou adoptaient une attitude très pédante à notre égard. On relèvera ce que dit l’un d’entre eux, un jour, au sujet du voyage, hobby que M. et moi affectionnons : “le voyage c’est pour les gens qui n’ont pas d’imagination.” Voilà qui en dit long sur l’aigreur et la connerie qui régnaient désormais dans ce bureau. Vers la fin, elle finit par m’avouer que les collègues du bureau disaient des choses extrêmement violentes à mon sujet. Elle ne comprenait pas ce qu’ils pouvaient avoir après moi.

Donc non, l’ambiance dans ce bureau n’était vraiment pas normale. Ce n’était pas un bureau, mais plutôt le harem de l’histrionique, que je n’ai jamais vu travailler bien longtemps d’ailleurs. Elle était sans cesse debout, à raconter sa vie, à provoquer…

Au point où, le jour où nous reçûmes ENFIN des casques anti-bruit, en raison des travaux d’agrandissement BRUYANTS des bureaux, autour de nous, DEPUIS DES MOIS (!!!), je l’entendais encore bavasser à travers le casque, tant sa voix était aiguë !

Rester et subir au travail : jamais !

Pour survivre dans cette ambiance délétère que  je me concentrais sur mon travail, mes projets personnel. Par ailleurs, je rejoignis une association pour la reconversion professionnelle, j’ai nommé l’AVARAP. Grand bien m’en fit ! J’expliquerai plus loin de quoi il s’agit.

Je rageais intérieurement de devoir supporter cette ambiance. Alors je réitérais ma demande (déjà formulée auparavant, mais très vaguement) à mon chef : changer de bureau, afin de me rapprocher des personnes avec lesquelles je travaillais réellement.

Je lui mis la pression car il ne jurait que par l’image que son service dégageait : je lui expliquais que j’avais failli abandonner mon poste tant travailler dans ce bureau m’était désagréable. Je lui fis également part de mon passage auprès du service HSE (puisqu’il n’y avait plus de CHSCT à proprement parler). Et j’appuyais lourdement sur le seul mot que certains managers sourds comprennent : productivité. J’avais du mal à travailler dans ce bureau, et c’était vrai !

Pour tout dire, le service HSE ne m’aida pas beaucoup, arguant que j’étais prestataire chez eux, et non employée, et que donc, ils ne pouvaient rien pour moi. Ce qui est totalement faux, corrigea un conseiller juridique CGT que j’appelais. Le CHSCT, HSE, etc. DOIT veiller à l’intégrité physique et morale des salariés ! C’est ça d’être cadre en SSII, dans un monde où peu de gens se syndiquent, pour notre plus grand mal à tous. Comment faire respecter ses droits alors ???

Bref, j’obtins ENFIN de changer de bureau ! Libérée, délivréeeeee ! Et je retrouvais ENFIN une ambiance NORMALE !!! Sans histrionique égocentrée autour de laquelle le bureau tournait.

En parallèle, comme je le disais plus haut, je faisais partie, depuis quelques mois, de l’AVARAP.

C’est quoi l’AVARAP ?

Un travail de groupe, sur 6 mois, pour avancer sur une reconversion professionnelle, ou au moins un repositionnement. C’est un travail d’entraide et c’est très très bien. Le fait de former un groupe avec des personnes de divers horizons professionnels apporte beaucoup à chacun et notamment la richesse des points de vue, sur les métiers que l’on cible.

L’AVARAP est une vieille association, aconfessionnelle et qui n’a rien d’une secte. Je le précise car lorsque je me suis rendue sur le site Web, pour la énième fois, je me suis rendue compte que les termes “une cordée pour l’emploi”, etc. faisait penser aux scouts. De même que l’utilisation d’un jargon très spécifique (réalisations probantes, adéquations tripolaires…) peut sembler nébuleux, voire mystique 😀 Rien de mystique dans l’AVARAP, je vous rassure !

Du bon sens et une organisation en fer forgé !

Je recommande chaudement cette association à tous ceux qui songent, s’interrogent sur le sujet d’une reconversion professionnelle mais ne veulent pas faire un bilan de compétences en solitaire.

On remonte la pente

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C’est ainsi que je remontais peu à peu la pente. Voir chaque semaine les autres membres du groupe AVARAP, avec lesquels les échanges étaient très constructifs. Travailler sur mes projets personnels, en dehors du bureau. Mettre un casque pour ne pas me laisser phagocyter par l’ambiance impossible que je supportais chaque jour. Et cerise sur le gâteau, changer de bureau, me rapprocher de mes “vrais” collègues. Ainsi, je pus travailler dans une ambiance sereine.

Ma mission finit bientôt. Je suis plutôt contente de partir. La question c’est : comment peut-on échapper moralement à des ambiances détestables, quand on doit s’y confronter 35/40 heures par semaine pendant des dizaines d’années ?


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Gertrude Prout

Une trentenaire très contrariée qui n’aime pas le travail et surtout les tabous liés au monde du travail ! Pas fana non plus du libéralisme ni du conformisme, ! Pestouilleries et mauvaise humeur ! Toi aussi t’es contrarié.e ? On parle volontiers de la crise de la quarantaine ou du démon de midi, mais les trentenaires sans enfants, qui en parle ? Qui parle de ceux qui après avoir obtenu leur(s) diplôme(s) et leur job n'ont rien fait comme tout le monde ? Ils sont partis au bout du monde, ou ont continué à faire la fête, se sont donnés à fond pour leurs activités...mais femme/homme/enfants/vaches/veaux/cochons...que nenni. Pourquoi donc ? Et si ils avaient raison ?

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4 réponses

  1. Pour répondre à ta question, je crois qu’on ne peut malheureusement pas y échapper…Les modes de management actuels ont beau faire croire qu’ils sont centrés sur le développement personnel et le bien-être au travail, ce n’est façade et au fond, il n’en est rien…Toujours autant de personnes toxiques dans la sphère professionnelle, et comme ce genre de personne est souvent de type manipulateur.rice, on a beau signaler sans fin, on n’en sort pas vraiment…Je te souhaite de poursuivre ta belle remontée et t’envoie des ondes positives 🙂

    • Merci Manon 🙂 ! En effet, les méthodes de management visent souvent, encore et toujours à tirer des employés une productivité maximale. On a parfois de belles suprises (j’ai connue une entreprise top : j’aurais mieux fait d’y rester…mais ce n’était pas le job de mes rêves). Je n’ose imaginer l’enfer que vivent les gens qui ne peuvent s’extraire d’un bureau où des personnalités toxiques leur mène la vie dure 🙁 on passe tellement de temps au travail ! D’ailleurs, ça se voit sur la figure de certaines personnes, au travail, au bout d’un certain temps : ils ont l’air “attaqués”, comme s’ils étaient passés à l’essoreuse un nombre incalculable de fois (bon après ça peut être autre chose que le travail). Tout sauf ça ! On ne peut pas accepter ça !
      Merci pour tes bonnes ondes ! Gertrude-Sissi

  2. Ada dit :

    Bravo pour tes efforts pour sortir de cette ambiance ! Personne ne mérite un tel traitement… Surtout qu’on passe la majorité de notre temps au boulot et il faudrait qu’on souffre ainsi… Nope.

  3. Merci Ada, ça me fait chaud au cœur ce que tu dis, car ce sont des situations où l’on finit toujours par se demander ce qu’on a fait nous de travers pour que ça se passe comme ça.

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